A Nyéléni 2007, nous avons approfondi notre compréhension mutuelle de la souveraineté alimentaire et retenu comme essentiel:
1. La priorité donnée à l’alimentation des populations
La souveraineté alimentaire place au centre des politiques
alimentaires, agricoles, d’élevage et de pêche le droit à une
alimentation suffisante, saine, respectueuse des cultures, pour
l’ensemble des individus, des populations et des communautés,
englobant celles souffrant de la faim, sous occupation, dans des
zones de conflits ou marginalisées; elle rejette l’assertion selon
laquelle l’alimentation est un produit comme un autre, géré par
le secteur agro-alimentaire.
2. La valorisation des producteurs d’aliments
La souveraineté alimentaire valorise et soutient les pratiques, de
même qu’elle respecte le droit, des hommes et des femmes, des
paysans et des petits agriculteurs familiaux, des pasteurs, des
pêcheurs artisanaux, des habitants de la forêt, des peuples
indigènes et des travailleurs agricoles, des travailleurs de la mer,
dont les migrants, qui cultivent, font pousser, récoltent et
transforment les aliments ; elle rejette les politiques, actions et
programmes qui les dévalorisent, menacent leurs moyens de
subsistance et contribuent à les faire disparaître.
3. L’établissement de systèmes locaux de production
La souveraineté alimentaire rapproche producteurs et
consommateurs, les place au centre du processus de décision sur
les questions alimentaires. Sur les marchés locaux, elle protège
les producteurs du dumping des importations et de l’aide
alimentaire, elle protège les consommateurs d’une nourriture
nutritionnellement pauvre et malsaine, d’une aide alimentaire
inappropriée et d’aliments contaminés par des organismes
génétiquement modifiés. Elle permet de résister aux institutions,
aux accords et aux pratiques qui dépendent de et qui
promeuvent un commerce mondial non durable et inéquitable et
qui donnent un pouvoir considérable et injustifiable aux
transnationales.
4. Le renforcement du contrôle local
La souveraineté alimentaire place la gestion des territoires, des
terres, des pâturages, de l’eau, des semences, du bétail et des
ressources halieutiques dans les mains des producteurs locaux et
respectent leurs droits. Ceux-ci peuvent en faire usage et les
partager selon des systèmes socialement et écologiquement
durables, qui permettent le maintien de la diversité. La
souveraineté alimentaire reconnaît que les territoires locaux ne
respectent parfois pas les frontières géopolitiques et permet aux
communautés locales d’habiter et d’utiliser leurs territoires. Elle
promeut la concertation et l’action collective entre les
producteurs de différentes régions et territoires, de différents
secteurs d’activités, contribuant à la résolution de conflits
internes ou de conflits avec les autorités locales ou nationales.
Elle refuse la privatisation des ressources naturelles, qu’elle soit
permise par des lois, des contrats commerciaux ou des régimes
de propriété intellectuelle.
5. La construction des savoirs et savoir-faire
La souveraineté alimentaire se construit sur les savoirs et savoirfaire
locaux des producteurs et sur leurs organisations locales qui
préservent, développent et gèrent les systèmes de production et
de cultures locaux. Pour cela, elle permet le développement de
programmes de recherche appropriés et qui ne menacent pas les
générations futures. Elle rejette donc les technologies qui les
soumettent, les menacent ou les contaminent, comme par
exemple l’ingénierie génétique.
6. Le travail avec la nature
La souveraineté alimentaire utilise les apports de
l’environnement selon des pratiques de cultures et de production
agro-écologiques diversifiées et faibles consommatrices
d’intrants, qui optimisent les apports des écosystèmes, améliore
la résilience et l’adaptation, particulièrement face au changement
climatique. Elle cherche à guérir la planète pour que la planète
puisse nous guérir. Elle refuse les pratiques qui mettent à mal les
écosystèmes, les monocultures et les élevages intensifs
fortement consommateurs d’énergie, les pratiques de pêche
destructrices et les autres modes de production industriels, qui
détruisent l’environnement et contribuent au réchauffement
mondial.